Nos âmes jumelles / rebelles / plurielles – Samantha Bailly.

Coucou les paupiettes !

On se retrouve aujourd’hui pour une chronique livresque un peu particulière puisque je vais vous parler d’une série dans son entièreté, et non pas tome par tome. J’ai décidé de lire la semaine dernière Nos âmes jumelles (et de découvrir par la même occasion l’auteure Samantha Bailly, dont j’entend parler depuis belle lurette). Happée par la chose, j’ai fini par enchaîner avec le tome 2.. puis avec le tome 3, sollicité entre temps sur Netgalley. Oui, je ne fais pas les choses à moitié.

Avant de vous donner mon avis, je tiens à remercier Netgalley et les éditions Rageot pour l’envoi de Nos âmes plurielles !

L’une est blonde, l’autre brune. L’une solaire et populaire, l’autre timide et solitaire. Sonia dite Yuna écrit pour une association, Trames, qui publie un fanzine. Elle y rencontre Lou-Tiamat, qui s’affirme dans l’art du dessin suite au divorce brutal de ses parents. Leur amitié virtuelle se double d’échanges sur leurs créations et leur vie affective. Jusqu’au jour où les deux jeunes filles se rencontrent un week-end autour d’un projet…

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Gribouillage ?

Hello mes petits filets mignons !

Aujourd’hui je viens vous parler art contemporain. Et oui, il faut bien des fois. Durant ma (relativement) courte expérience en médiation culturelle dans une institution dont je tairais le nom, j’ai entendu (et vu) à de multiples reprises l’incompréhension des visiteurs face à des toiles que nous qualifierons d’abstraites.

« Mon fils de cinq ans pourrait faire la même chose »

Ouais je sais. Révoltant.

Si tu as déjà pensé ça, même si t’as pas de fils (il est pas si important que ça, t’inquiètes), cet article est pour toi ! Plutôt que de te poursuivre en te frappant avec une règle en plastique, je vais t’expliquer pourquoi un enfant n’aurait jamais pu réaliser une oeuvre de cet acabit (hihi, mot rigolo).

Avant de rentrer plus dans les détails, sache que les artistes (je vais limiter mes exemples pour pas que tu te perdes en route) dont je vais te parler auraient probablement été flattés de la comparaison avec une oeuvre d’un enfant de cinq ans. Tu sais pourquoi ? Parce qu’avant de s’attaquer à l’art abstrait (ou art compliqué, ils ne font pas tous dans l’abstrait), ils ont presque tous reçu une formation artistique (pas forcément académique). Et pour ceux d’entre eux qui seraient autodidactes, avant d’inventer leur propre style, leur propre démarche artistique, ils se sont inspirés des peintres modernes ou de leurs contemporains. A tâtons ils se sont peu à peu détachés du figuratif pour se lancer dans l’abstrait. Mais abstrait ne veut pas dire juvénile !

J’ai envie de commencer par vous parler de Kandinsky. Ce dernier cherchait à s’affranchir du figuratif pour tenter de découvrir un langage pur à travers la peinture. Son rapport à la musique et à son caractère expressif était très important et l’a beaucoup influencé (d’ailleurs beaucoup de ses oeuvres sont intitulées Improvisations et Compositions). Là où certains voient une peinture d’enfant, d’autres y voient la représentation du mouvement (sans représenter un objet en mouvement pour autant). Il y a ainsi plusieurs facteurs, notamment intellectuels, philosophiques ou spirituels, qui entrent en compte et qui permettent d’affirmer qu’un enfant n’aurait pas (du tout) la même démarche de Kandinsky au tout début du XXe siècle.

Impression, Wassili Kandinsky.

Ton fils imaginaire a vachement de talent quand même. Même brouillon, le trait est super précis. Tu sens qu’il n’y a aucun hasard dans cette composition (enfin j’espère). 

L’art abstrait n’est pas abstrait (ça c’est de l’argument !). Par le biais de l’abstraction, de la non-figuration, de symboles, les artistes nous montre une nouvelle vision du monde et fondent un nouveau langage pictural. Ils reconstruisent les choses à leur façon.

Miro fait également partie des artistes régulièrement « accusé » de produire des choses enfantines par les visiteurs. Ok, je peux comprendre que les formes simplifiées à leur maximum puissent faire penser à un dessin d’enfant. Mais il s’agit d’une démarche volontaire de la part de l’artiste. De plus, en simplifiant les formes ainsi il se crée un répertoire important de symboles que l’on va retrouver dans plusieurs toiles (représentation de la femme par exemple). Il crée son propre langage artistique, avec une façon de dessiner qui lui est propre et qui ne pourrait pas être produite par n’importe quel bambin.

Joan Miro, Personnage, Chien, Oiseau, 1946.

Jean Dubuffet a lui aussi réalisé un grand nombre d’oeuvres que l’on pourrait comparer à des dessins d’enfants, notamment au début de sa carrière. Après s’être imprégné de plusieurs mouvements différents, il a décidé d’oublier tout ce qu’il avait appris et de créer sa propre peinture. Il réalise notamment une série de croquis de ses amis qui ressemblent presque à des caricatures, ses carnets de voyages au Sahara sont remplis de dessins qui auraient pu être réalisés par un enfant de cinq ans. Ou pas. Car là où l’enfant dessine comme ça tout simplement parce qu’il ne sait pas dessiner (haha), Dubuffet a choisi d’oublier volontairement tout ce qu’il savait faire pour se tourner vers la simplicité et rejeter l’art académique. L’art enfantin exprime mieux les sentiments, les émotions. Les oeuvres de Dubuffet étaient considérées comme scandaleuses à l’époque.

Jean Dubuffet, Portrait d’Henri Calet. So scandalous.

« Il n’y a pas d’accident » 

Jackson Pollock

Ton fils imaginaire est peut-être un génie du feutre, mais penses-tu que chacun de ses gestes soient prémédités ? Non, il a regardé dehors, il s’est dit tiens, je vais dessiner une maison et un papa et une maman, ça va être cool, j’utiliserais peut-être un feutre vert pour faire les cheveux, un mauve pour les yeux et un bleu pour la bouche.

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Penses-tu toujours qu’un enfant est capable de réaliser les chef d’oeuvres que tu as pu observer plus haut ? Vraiment ? 

Un dessin d’enfant est spontané. Un vieux mec asocial de 40 ans, à partir du moment où il décide de dessiner comme un enfant, ce n’est plus du tout spontané. Il y a un minimum de recherche (même si ça va dans le sens de la simplification).

En fait, je suis juste en train de tout embrouiller dans ta tête. HAHAHA.

Je peux tout à fait concevoir la difficulté d’appréhender une oeuvre d’art contemporain. Je me suis ici limitée à trois exemples « faciles », m’attachant vraiment au thème du dessin d’enfant. Au-delà de la peinture, la multiplicité des médiums artistiques complique aujourd’hui encore un peu la chose. La vidéo, la photo, la performance, le glitch art, le street art, le geek art… De plus en plus de nouveaux langages font leur apparition. Ton fils imaginaire de cinq ans n’a peut-être pas encore commencé la sculpture (y a-t-il vraiment des enfants de cinq ans qui font de la sculpture ?), mais même devant une sculpture qui ne ressemble pas à une déesse à poil, les gens persistent dans l’idée que leur bambin peut faire la même chose.

« Mais si je te jure. REGARDE bordel. »

Avant de crier au scandale et à l’incompréhension comme ton arrière grand-père, laisse ton fils imaginaire avec la baby-sitter, va au musée et promène toi un peu. Lis les cartels, imprègne toi du tableau autrement que via ton appareil photo, questionne l’oeuvre, questionne toi par rapport à l’oeuvre. Pose des questions au mec assis sur la chaise et qui a l’air de s’ennuyer à mourir (il s’ennuie à mourir). Si tu as peur du monsieur, fais des recherches en rentrant. Mais s’il te plait, intéresse toi à la démarche de l’artiste, demande toi pourquoi il a fait ça, ce qu’il a voulu représenter.

Si j’étais du genre à donner des devoirs, je te dirai « Là maintenant tout de suite, penses à un artiste. Google le. Observe. Lis. Et tu verras, tu comprendras mieux. Tu te coucheras moins bête ce soir, tu feras des rêves bizarres et de nouvelles portes s’ouvriront devant toi. Tu auras soif d’art contemporain. Si si, je te jure ! ».

Si tu veux, la prochaine fois je te parlerais scandales dans l’art contemporain (ça ne manque pas). Ça te dit ?

En attendant, je te fais des bisous, en espérant que cet article t’auras plu !

Ps : Lecture complémentaire.