Toutes des salopes : Comment faire d’une insulte un étendard féministe – Adeline Anfray.

Coucou les paupiettes !

On se retrouve aujourd’hui pour parler d’un essai écrit par Adeline Anfray, Toutes des salopes : Comment faire d’une insulte un étendard féministe. Publié en mars 2019 aux éditions La Musardine, j’ai pu découvrir cet ouvrage grâce à la Masse Critique Babelio. Avant de vous donner mon avis, je tiens à remercier la plateforme et la maison d’édition pour l’envoi de ce livre.

 » Salope, va !  » Si vous êtes une femme, vous avez certainement déjà entendu ce nom d’oizelle dans la rue. Pourquoi ? Tout simplement parce que c’est l’insulte la plus utilisée à l’encontre des femmes dans l’espace public.

Si le terme est récent, sa signification toute féminine ne l’est pas. De Cléopâtre à Mata Hari, en passant par Messaline et les sorcières, nombre de femmes ont été conspuées en raison de leur soif d’indépendance, forcément synonyme de débauche. Qu’elles soient de puissantes figures politiques, des rebelles féministes, des journalistes à la langue trop pendue, ou encore des femmes dont la seule revendication est de pouvoir se promener librement dans la rue, toutes ont été confrontées, au moins une fois dans leur vie, à cette insulte. Si être traitée de salope est le prix à payer pour être une femme libre, il semble que ce mot ne soit pas près de disparaître, alors pourquoi ne pas s’en emparer ?

Adeline Anfray mène une enquête passionnée auprès d’expert·e·s et d’anonymes. Cet ouvrage en faveur de l’égalité et de la liberté sexuelle, rend hommage à tou ·te·s celles et ceux qui se sont battu·e·s et se battent encore pour que chacun·e puisse jouir sans entrave.

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Qu’est-ce qu’une salope ? Qui emploie ce terme, pour dénigrer qui, dans quel contexte ? Pourquoi est-ce l’insulte faite aux femmes la plus utilisée dans l’espace public ? Quelle est la portée de ce mot que l’on retrouve dans toutes les bouches ?

Ces différents questionnements autour du mot « salope » sont le point de départ de ce manifeste écrit par Adeline Anfray. A l’instar de la communauté LGBTQIA, qui s’est approprié le terme « queer », elle se demande dans quelle mesure les femmes pourraient se réapproprier l’insulte préférée des Français dans l’espace public. Pour ce faire, l’autrice a notamment rencontré des salopes, des journalistes, des linguistes, des sociologues. Elle a cherché à comprendre tout ce qu’impliquait, tout ce que signifiait ce terme et a retranscrit le fruit de son travail dans ce court ouvrage (150 pages).

Toutes des salopes est un essai plutôt introductif sur la thématique de la salope. Adeline Anfray aborde un certain nombre de sujets, de manière plus ou moins approfondie. Le contenu et la plume sont accessibles. J’ai vraiment apprécié le fait que l’autrice nous redirige vers un grand nombre de ressources pour compléter et approfondir ses recherches. Les encadrés qui ponctuent l’essai, sur les salopes de la littérature, sont également une chouette addition ! L’utilisation de la première personne est un choix intéressant, qui ajoute une dimension plus personnelle à l’ensemble. J’avoue avoir quand même été un peu gênée par moments par le côté trop « familier » de l’écriture. Amusant au départ, les « oh la gourgandine » et autres inserts similaires peuvent vite être fatigants. Néanmoins, le texte est riche, construit, passionnant et on sent qu’il a été écrit par une passionnée.

Mais du coup, une salope, c’est quoi ?

Parce que cette liste vaut de l’or, voici les signes qui permettent d’identifier une salope selon l’ancien blog leroidelajungle.com (blog supposément ironique, je précise) : Ses copines sont des salopes / Sa mère est une salope / Tatouages et piercings / Visage allongé, long front, voix grave, poilue / Son regard crie braguette / Tous ses amis sont des mecs / Ta première fois avec elle est en dehors d’un lit / Elle passe sa vie sur Facebook / Elle se drogue / Elle s’habille comme une salope / Elle est bisexuelle et le revendique / Elle a perdu sa virginité tôt / Elle a des problèmes avec son père / Elle vit au-dessus de ses moyens / Elle boit, encore et encore / Elle est émotionnellement instable / Elle t’a ouvertement dragué / Elle est féministe / Elle a déjà trompé un mec / Elle est vraiment bonne au lit.

Elle est beaucoup de choses la salope dis donc… Plus sérieusement, ce qui ressort le plus des nombreux témoignages regroupés par Adeline Anfray, c’est que la salope est une femme libre, une femme moderne, une femme qui ose, une femme en pleine possession de ses moyens, une femme qui l’ouvre. C’est une femme indocile, désirante, libérée des conventions sociales et dans une démarche d’empowerment.

Au fil des pages, on en découvre un peu plus sur le terme, son étymologie, sa connotation morale, politique, sexuelle et sexiste. L’autrice va également se pencher sur la question de la salope au collège et au lycée, sur l’utilisation de cette insulte au sein des établissements scolaires et des difficultés de construire à partir de là une sexualité simple, saine et sereine. Elle s’attarde sur les grandes salopes de l’histoire, à commencer par Ève et Lilith mais aussi Olympe de Gouges, George Sand, Cléopâtre ou encore Mata Hari. Et il ne faut pas non plus oublier les sorcières ! A ces noms viendront s’ajouter ceux de celles qui aujourd’hui se réapproprient cette insulte, majoritairement dans les pays anglo-saxons (où le mot bitch est l’un des plus utilisés). Madonna, Beyoncé, Rihanna, Nicki Minaj… elles sont nombreuses à se revendiquer salopes. Bien plus de ce côté de l’océan que par chez nous, pays plus en retard en matière de genre, d’égalité et de féminisme.

Pour finir, l’autrice s’intéresse aussi à la salope politique. Elle revient sur les suffragettes, le droit de vote, la contraception, le Manifeste des 343 (plus connu sous le nom de Manifeste des 343 salopes, donné par Charlie Hebdo). Elle aborde la question des Femen, de l’utilisation du corps sexualisé pour faire passer un message, de l’importance de la présence des féministes dans la sphère publique là où certains préféreraient les voir enfermées dans la sphère privée.

L’insulte est alors devenue une revendication qui balance que « mon corps, c’est mon choix » à la face de tous ceux qui voudraient le contrôler, ce corps.

En France, nous n’avons pas de Madonna ou de Beyonce. Nous avons Nabilla, Zahia, Ovidie, les Femen et Carla Bruni… des femmes qui ont été victimes de l’insulte mais qui n’ont pas forcément revendiqué le statut de salope. Le chemin de la réappropriation est long et il est difficile de mener ce combat sans une figure forte pour le porter.

Adeline Anfray finira cet ouvrage avec une liste de conseils pour les salopes de demain, les salopes du futur. Elle insiste sur l’importance de créer une communauté soudée et forte, grâce à laquelle la salope pourra affirmer ses droits de femme libre à la conquête de l’égalité.

J’ai appris que les femmes sont toutes des salopes, chacune à leur manière, et que c’est tant mieux. Parce qu’être une salope, ça veut dire être libre.

En résumé, ce court essai est une très bonne introduction à la thématique de la salope. Malgré quelques reproches sur l’écriture, l’ensemble reste simple et accessible, riche et intéressant ! Un ouvrage qui interroge la société et qui nous pousse à nous questionner.

Alors, est-ce que toi aussi tu es une salope ?

La bisette !

 

Publié par

Ibidouu

Petite chose à la recherche d'un avenir.

2 réflexions au sujet de “Toutes des salopes : Comment faire d’une insulte un étendard féministe – Adeline Anfray.”

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